Comment protéger son enfant du harcèlement scolaire quand on n'a pas su se protéger...

Publié le par Maman Breizhou et sa Poupette

Comment protéger son enfant du harcèlement scolaire quand on n'a pas su se protéger...

On en parle beaucoup en ce moment, le harcèlement scolaire...

J'ai une crainte… une grosse peur… j'ai peur qu'il arrive à Poupette ce qui m'est arrivé adolescente, parce que je ne pourrais pas la protéger de la méchanceté des jeunes.

J'ai lu dans le livre d'Isabelle Filliozat "Il n'y a pas de parent parfait" que lorsque notre enfant arrive à l'âge où nous avons eu des soucis, il peut se passer quelque chose, surtout si ce n'est jamais sorti de nous. Alors voilà, il faut que ça sorte. Même si Poupette est encore loin d'aller à l'école et que pour moi ça a vraiment commencé au collège (mais maintenant les primaires sont super durs aussi).

Cet article, je l'ai écrit il y a déjà quelques mois mais je n'osais pas le publier sur mon blog car il y a des personnes que je connais et des proches qui le lise. Mais comme on en parle beaucoup en ce moment, j'ai décidé d'appuyer sur publier. Maman, Papa, si vous me lisez, je ne suis pas sûre que vous connaissiez toute l'histoire...

J'ai vécu une adolescence un peu difficile émotionnellement. J'étais le souffre douleur de gamins de mon collège, les populaires...

Plutôt bonne élève, j'ai été affublée de lunettes au milieu de la sixième (ben oui quand on a du mal à lire le tableau…) et d'un appareil dentaire en quatrième (fallait bien corriger mes dents en avant et réaligner tout ça). En plus, il faut le dire, je ne m'habillais pas au top de la mode (et je ne me maquillais pas comme les populaires du collège). Et j'étais assez timide. Et je ne ressemblais en rien aux nanas populaires du bahut. Et du coup, on s'en est pris à moi, parce que j'étais timide et que je ne me défendais pas.

J'ai été martyrisée émotionnellement. C'est cruel les ados… Et à cause d'eux, j'ai longtemps eu un manque cruel de confiance en moi. Ca y est, ça se calme enfin, je peux dire aujourd'hui que j'ai presque confiance en moi. J'ai 29 ans… Mon parcours fut long pour être sûre de moi et m'affirmer. Encore aujourd'hui, je manque quand même parfois d'assurance...

J'avais peu d'amis au collège. Mais mieux vaut en avoir de vrais qu'on compte sur les doigts de la main plutôt que des dizaines qui finalement quand tu es dans la mer#e ne font rien pour toi. Et même parfois, ceux que je considérais comme mes amis m'ont trahi.

Je me souviens de cette boom qu'organisait un copain (avec qui je suis d'ailleurs sortie quelques semaines au lycée...). Je n'y est pas été invitée. Pourquoi ? Parce que tout le monde lui avait dit que si j'étais invitée, personne ne viendrait. Il a fait son choix et ne m'a donc pas invité… Une autre copine, pareil, ne m'a pas invité à sa boom pour la même raison. Paraît que c'était génial...

J'ai une amie qui elle aussi a fait une boom, ils lui ont dit la même chose, que si je venais ils ne viendraient pas. Elle m'a quand même invité, nous étions donc 4 (ils avaient tenu parole…). Merci à cette amie d'avoir préféré notre amitié aux gens populaires du collège (on se côtoie toujours aujourd'hui d'ailleurs).

On me donnait des surnoms débiles qui ont fini par me meurtrir. On m'appelait "handicapée", je n'ai jamais su pourquoi car je ne l'étais pas. On me disait "tu me fais chi#r", je ne sais pas pourquoi car je ne leur disais rien (mon père m'avait conseillé d'amener à ce gars qui me disait ça un rouleau de papier toilette que je lui donnerais quand il me dirait ça, je n'ai pas osé… aujourd'hui je regrette ^^). On me surnommait "SDF", presque les initiales de mon prénom et de mon nom, juste une lettre en trop, et ça les faisait rire (mon père m'a aussi conseillé ici, il m'a dit de leur dire que oui j'étais bien une SDF puisque le week-end je ne savais jamais où dormir entre ma résidence principale, la secondaire ou le bateau, je n'ai pas osé). Et il y en a eu d'autres. Bref, on me cherchait sans arrêt des poux. Et moi, trop timide, je me laissais faire.

Et puis en troisième, j'ai eu mon premier petit ami (un vrai avec des bisous avec la langue et tout). Il n'étais pas de mon collège (même pas de mon département, il vivait sur une île ^^…). J'ai un peu triché au collège, j'ai dit que je sortais avec lui avant même que ce soit vraiment le cas, pour qu'on me fiche la paix et qu'on se dise que moi aussi j'étais attirante et que je pouvais sortir avec des garçons. C'était l'époque où on s'écrivait des mots entre copains sur les cahiers de texte. J'en avais alors écrit un faux sur celui d'une amie, de connivence avec elle, en disant que je sortais avec ce garçon. Elle l'a ensuite volontairement laissé traîner en perm', sachant pertinemment que quelqu'un de populaire le lirait (parce qu'ils sont curieux). Ils ont donc vu ce mot et on réussi à le retourner contre moi… "Quoi ? Machine à un copain alors que Bidule n'en a pas ? C'est juste pas possible on n'y croit pas une seconde". Sympa quoi...

Et je ne sais toujours pas pourquoi ils ne m'aimaient pas. C'est triste…

Ca m'a un peu poursuivi au lycée. Je me souviens de cette fille qui malheureusement a été dans le même collège et lycée que moi et qui en me voyant a fait "Oh non pas elle…" avec un air de dégoût. J'ai eu peur qu'elle ne me fasse la même réputation qu'au collège. Mais non, ça a été. Je me suis juste fondue dans le décors, je suis restée timide, j'ai tenté de me rendre invisible pour ne plus avoir à souffrir. La très grande majorité des jeunes de mon collège n'étaient pas dans le même lycée que moi.

Je m'y suis trouvé début seconde une copine un peu border line qui m'a fait faire des conneries (je sortais juste du collège et mon premier petit ami m'avait quitté d'une façon peu délicate, j'étais très malheureuse). Sur le coup c'était nouveau pour moi de faire quelque chose d'interdit, de mal, ça donnait de l'adrénaline, et puis ça a finit par se payer. J'ai fait une grosse bêtise, sans doute pour avoir l'impression d'exister. Mes parents ne m'ont pas crié dessus. Mon père est venu me chercher et a gardé le silence tout le long du trajet retour (je m'en souviens encore, c'était pesant, horrible). En arrivant à la maison, il m'a juste dit "monte dans le bureau". Et là j'ai attendu que ma mère rentre. Quand elle est arrivée, ils sont montés me rejoindre dans le bureau, se sont assis face à moi et m'ont demandé très calmement "Tu n'es pas heureuse ? Tu manques de quelque chose ?". Après c'est très flou, je ne me souviens pas de la suite. Une copine qui avait participé à LA bêtise s'est fait battre par son père… Merci à mes parents d'avoir eu cette réaction. Je ne manquais de rien, mais je n'étais pas complètement heureuse, j'avais mal au fond de moi. Cet épisode est resté gravé...

Alors je ne me suis pas fait beaucoup d'amis au lycée (juste ceux que j'ai encore aujourd'hui, je les compte sur les doigts de la main), je m'en suis fait en dehors. Bizarrement, ça a mieux marché. Va savoir, j'étais peut-être différente en dehors du bahut...

Un truc marrant, c'est que je suis quand même restée amie avec mon premier petit ami et que quelques années plus tard il a emménagé dans ma ville pour ses études. Dans son lycée, il s'est fait un pote que j'ai rencontré pendant une soirée. Ce mec là est venu me voir et m'a fait "S. ?"… Heu pardon, on se connaît ??? "On était dans la même classe de SVT avec Monsieur C. !"… Ah oui, peut-être… Mais non je me souviens pas. Et là il me sort la phrase qui tue : "La vache, avant t'étais pas terrible, mais maintenant, whaouuuu!!!"… Heu… merci ? Voilà donc l'explication. Avant, j'étais moche. Mais ça, c'était avant ^^ En plus, il a même voulu sortir avec moi, le comble.

Quelques années plus tard, sur mon lieu de vacances favori avec mes amis et mon chéri (le papounet de Poupette), j'ai croisé un de ceux qui m'avait martyrisé au collège. Quand je l'ai vu, je l'ai reconnu de suite. Mon estomac s'est noué, mon coeur a fait un raté. Même des années plus tard, revoir une de ces personnes me touchait encore. Alors j'ai pris mon courage a deux mains et je me suis approchée. J'ai fait "Salut R.". Il m'a reconnu, a eu l'air étonnée et m'a dit salut. C'est tout. Dans ma tête, je lui crachais à la figure tout le mal qu'il m'a fait.

Mais peut-être que sans ces gens là, je ne serai pas celle que je suis aujourd'hui. Quoi que, ce ne sont pas vraiment eux qui m'ont aidé à aller de l'avant mais mon homme aujourd'hui (presque 8 ans qu'on est ensemble, finalement je compte pour quelqu'un) et une association dont je fais partie qui m'a appris à prendre conscience de mes capacités. Après peut-être que sans ces abr#tis du collège j'aurai été différente, je n'aurai pas rencontré mon homme, peut-être serais-je devenu une nana populaire qui ne vit que pour ça ? Alors peut-être qu'aujourd'hui je peux les remercier. Mais je n'en ai vraiment pas envie car ils m'ont quand même bien pourri la vie en ce temps là.

Si j'avais le caractère que j'ai aujourd'hui à cette époque, je ne me serais pas laissée faire comme ça. Mais je n'avais pas ce caractère.

J'aimerai les revoir aujourd'hui et leur dire tout ce que j'ai sur le coeur, tout ce qu'ils m'ont fait, qu'ils m'ont brisé et que j'ai mis du temps à me construire.

Tout ça pour LA question : Qu'est-ce que je vais faire s'il arrive la même chose à Poupette ? Et déjà est-ce ce que je serais seulement au courant ? Parce que non, à 12 ans, je ne l'autoriserais pas à s'habiller comme une pouf et à mettre du maquillage style j'ai 20 ans je sors en boite, et puis quoi. Peut-être que je lui parlerai de ce qui m'est arrivé au collège quand elle y sera, pour lui dire que non, elle ne doit pas se laisser faire et avoir confiance en elle. Peut-être que les mentalités des jeunes auront changé ? En tout cas, la fille de ma nounou qui vient de rentrer au collège a commencé à vivre cela...

Publié dans maman, réflexion

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Linouladada 28/09/2016 21:34

Moi aussi j'ai vécu cela et j'ai les mêmes craintes pour ma fille plus tard. Je lui en parlerai en espérant qu'elle ose me dire les choses. Moi j'ai tout gardé pour moi et encore aujourd'hui. Maintenant je suis plus forte mais ça a été difficile.

Weena 14/08/2015 11:35

Arf, un bel article qui me fait aussi écho ...
Que ce soit moi, la rêveuse toujours dans ses bouquins dont la jumelle était (et est toujours) si populaire ou mon breton de mari, intello à lunette ayant les meilleurs notes avec un an d'avance ... autant dure que nos années collège/lycée n'ont pas été joyeuses ...

Mais comme tu dit, finalement, c'est ça qui nous façonne et moi à qui on prédisait une vie pourrit, et ben j'ai un master (bon pas de vrai boulot, mais c'est un autre problème), un mari génial et un magnifique fils presque du même âge que la tienne ;-)
Je ne souhaite pas que mon fils sot populaire plus tard, juste qu'il traverse sa scolarité sans trop d'encombre avec quelques bon copains sur qui compter, c'est l'essentiel ^^

Maman Breizhou 14/08/2015 14:58

On ne se rend compte de tout ça que plus tard, mais on espère toujours que nos enfants ne le vivront pas...

Eléna 13/02/2015 21:20

Et bien, voilà un article qui fait écho chez moi... Un peu le même topo que toi: la petite intello à lunettes qui n'a pas confiance en elle, qui ne porte pas marques comme les autres, qui a peu d'amis, qui se fait trahir, qui se retrouve seule et contre tous et qui n'a pas assez de répondant et trop de sensibilité... Et comme toi, le coup du "avant t'étais moche et maintenant..." Bon le truc qui m'a fait chaud au coeur, c'est le gars que j'ai toujours trouvé canon qui m'a gentiment dit que s'il fallait en en passer par là pour devenir celle que j'étais devenue, c'était une bonne chose finalement... Heureusement c'est du passé et c'est juste un passage. Je pense qu'avoir vécu ça nous permettra d'être attentive à nos filles...

Maman Breizhou et sa Poupette 15/02/2015 09:21

C'est terrible l'adolescence, personne ne regarde la personne intérieure alors il suffit que tu sois bien à l'extérieur quand même mais que tu ne sois pas à la mode, maquillée etc... Alors on ne regarde pas plus loin. Le pire c'est qu'être moche avant et bien après ce n'est pas possible, c'est juste qu'on ne se montrait pas sous notre meilleur jour :)

Maman Breizhou et sa Poupette 13/02/2015 21:50

Oui on devrait être plus attentive :) j'espère juste ne pas devenir parano...